Plusieurs décennies après avoir raccroché les crampons, il doit toutefois composer avec des pertes de mémoire qui perturbent son quotidien. « Je suis suivi aussi pour ça, par un neurologue de Bayonne. Je ne sais pas si tout cela est lié aux chocs que j’ai subis, mais c’est possible », confie-t-il à Midi Olympique.
Des matchs dont Philippe Sella n’a gardé aucun souvenir
Le joueur agenais se souvient notamment de sa première commotion cérébrale, survenue en 1982 lors de sa première sélection avec les Bleus contre la Roumanie. Touché après un choc sans ballon, Philippe Sella s’était réveillé à l’hôpital sans se rappeler la rencontre., raconte-t-il avec humour.« Je n’avais aucun souvenir du match que j’avais pourtant disputé dans son intégralité. Je ne me souviens même pas de l’échauffement »
Une situation similaire s’est produite quelques années plus tard, lors de la Coupe du monde 1987 face au Zimbabwe. Après avoir reçu un coup à la tête, l’ancien centre assure ne conserver aucune image de cette rencontre.
À cette époque, la prévention autour des commotions cérébrales était encore très limitée. Philippe Sella décrit un rugby où les joueurs acceptaient des contacts particulièrement violents, notamment sur les plaquages :
« On osait mettre la tête vers l’avant. Mais parfois, au lieu de la mettre derrière les fesses de l’adversaire, on se trompe, et on se retrouve avec la tête entre le bassin et la terre. »
Des troubles accentués après une opération en 2021
L’ancien joueur explique également avoir constaté une aggravation de ses problèmes de mémoire après son opération de la prostate, réalisée en avril 2021. Il évoque une anesthésie légère, mais une intervention longue et un réveil difficile, qu’il décrit comme une « commotion prolongée ».
Philippe Sella poursuit aujourd’hui ses examens médicaux afin de déterminer l’origine exacte de ces troubles. Il ne fait pas de lien définitif entre son état de santé et sa carrière, mais reconnaît que certains souvenirs ont totalement disparu.
« J’ai des souvenirs qui reviennent, des moments qui sont toujours là dans ma mémoire. Mais je sais que pour certains autres, j’ai dû faire une croix », confie-t-il.
Son fils Geoffrey également victime de commotions
Le témoignage de Philippe Sella prend une dimension particulière lorsqu’il évoque le parcours de son fils Geoffrey. Celui-ci a été contraint de mettre un terme à sa carrière de rugbyman professionnel après avoir subi un trop grand nombre de commotions cérébrales.Le cas de la famille Sella rappelle les conséquences parfois durables des chocs répétés à la tête dans les sports de contact. Le rugby n’est pas le seul concerné : le football américain, le hockey sur glace, les sports de combat et, dans une moindre mesure, le football sont également confrontés à cette problématique.
Les commotions, un sujet désormais central dans le rugby
Longtemps minimisées, les commotions cérébrales sont devenues l’un des sujets les plus sensibles du rugby professionnel. Les témoignages d’anciens joueurs se multiplient, à l’image de celui de Sébastien Chabal. En avril 2025, l’ancien troisième ligne avait déclaré dans l’émission Legend ne plus avoir « aucun souvenir d’une seule seconde d’un match joué ».D’autres carrières ont aussi été interrompues à cause de commotions à répétition. En juillet 2025, l’ancienne internationale française Romane Ménager avait notamment annoncé sa retraite à seulement 29 ans.
Sans établir de diagnostic définitif, Philippe Sella met ainsi en lumière les traces que plusieurs décennies de rugby peuvent laisser. Son suivi neurologique doit désormais permettre de mieux comprendre l’origine de ses pertes de mémoire et leur éventuel lien avec les nombreux chocs encaissés durant sa carrière.