Une altercation suivie d’une double fusillade
Les faits commencent vers 5 heures du matin au bar Le Mabillon, dans le VIe arrondissement de Paris. Federico Martín Aramburú s’y trouve avec son ami Shaun Hegarty, lui aussi ancien joueur de rugby, lorsque les deux hommes croisent Romain Bouvier, Loïk Le Priol et Lyson Rochemir.D’après les éléments recueillis au cours de l’enquête, les échanges sont d’abord calmes. La situation se tend lorsqu’un autre client est pris à partie par les deux militants d’extrême droite. Aramburú et Hegarty interviennent pour tenter d’apaiser les esprits, avant qu’une première altercation n’éclate à la sortie de l’établissement.
En quittant le bar, Federico Martín Aramburú tire brusquement sur la capuche de Loïk Le Priol, qui tombe de sa chaise. Une bagarre s’ensuit. Les deux rugbymen parviennent finalement à partir, tandis que les agents de sécurité retiennent les deux autres hommes à l’intérieur du bar.
Loïk Le Priol sort alors une arme et se lance à leur poursuite. Romain Bouvier les retrouve le premier sur le boulevard Saint-Germain. Selon l’accusation, il descend du véhicule conduit par Lyson Rochemir et tire à quatre reprises en direction de Federico Martín Aramburú, avant de prendre la fuite.
Quelques dizaines de secondes plus tard, Loïk Le Priol arrive à son tour. Une nouvelle confrontation débute avec les deux rugbymen. Le Priol sort finalement son arme et tire six fois sur Aramburú, qui meurt sur place. Les deux hommes sont arrêtés peu après, Romain Bouvier dans une abbaye de la Sarthe et Loïk Le Priol à la frontière entre la Hongrie et l’Ukraine.
Qui était Federico Martín Aramburú ?
Âgé de 42 ans au moment des faits, Federico Martín Aramburú était un ancien international argentin, sélectionné à 26 reprises avec Argentine. Il avait notamment porté les couleurs du Biarritz Olympique, où il avait laissé le souvenir d’un joueur apprécié et d’un homme décrit par ses anciens coéquipiers comme particulièrement généreux.Le rugbyman séjournait à Paris pour assister au match entre la France et l’Angleterre. Il était accompagné de Shaun Hegarty, avec lequel il était également associé dans le monde professionnel. Sa mort avait suscité une vive émotion bien au-delà du rugby français et argentin.
Deux anciens membres du GUD devant les assises
Loïk Le Priol, aujourd’hui âgé de 32 ans, est un ancien commando marine. Il avait participé à une opération extérieure au Mali en 2013, avant d’être rapatrié de Djibouti en 2015 en raison d’un état de stress post-traumatique sévère diagnostiqué par les médecins militaires.Après son retour en France, il rejoint le GUD, un groupuscule d’extrême droite radicale dissous en 2024. Il y rencontre Romain Bouvier, âgé de 35 ans, lui aussi engagé dans cette mouvance. Les enquêteurs ont notamment retrouvé plusieurs armes à feu au domicile de Bouvier, ainsi que des objets et documents liés à l’idéologie nazie.
Les deux accusés avaient déjà été condamnés en 2022 pour avoir agressé et torturé en 2015 Édouard Klein, un ancien dirigeant du GUD. Ils comparaissent donc dans un contexte judiciaire marqué par cette précédente affaire.
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Des qualifications pénales différentes
Loïk Le Priol est jugé pour assassinat, une qualification qui implique un meurtre commis avec préméditation. Romain Bouvier comparaît pour tentative d’assassinat. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a considéré qu’il n’existait pas de « dessein criminel commun » entre les deux hommes, en distinguant les deux scènes de tir.Lyson Rochemir est également renvoyée devant la cour d’assises pour complicité de tentative d’assassinat. Antony Sorrentino est poursuivi pour complicité et recel de malfaiteur, après avoir aidé Romain Bouvier durant sa fuite.
Les quatre accusés sont présumés innocents. Loïk Le Priol et Romain Bouvier encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Les débats doivent se poursuivre jusqu’au 26 septembre 2026.
La légitime défense au cœur des débats
Loïk Le Priol soutient avoir agi parce qu’il se sentait en danger face aux deux rugbymen. Il affirme avoir tiré dans un « réflexe reptilien », pour assurer sa survie. Cette version se heurte toutefois aux constatations médicales : les blessures d’entrée relevées sur le corps de Federico Martín Aramburú se situent dans son dos.La chambre de l’instruction a rejeté l’hypothèse de la légitime défense. Les propos attribués à Loïk Le Priol en détention pourraient également être examinés durant le procès, certaines déclarations rapportées étant très éloignées de la version présentée aux enquêteurs.
Son état de stress post-traumatique, lié à son passé militaire, constituera un autre point important des débats. Les experts devront notamment éclairer son degré de responsabilité pénale au moment des faits.
Romain Bouvier affirme de son côté avoir paniqué et s’être senti menacé par Aramburú. Il assure avoir tiré pour protéger sa fuite, sans vouloir blesser le rugbyman. L’accusation souligne cependant que les deux hommes avaient quitté le bar pour retrouver les deux sportifs, un élément appelé à être largement discuté devant la cour d’assises de Paris.